DANS LES BRUMES DU MATIN,

Quand le soleil perce peu à peu, il y a toujours un moment où le monde commence à apparaître, et aussi le dessin des choses. L’instant d’avant on ne voyait rien et on était perdu. Mais ce n’est pas encore la lumière ni l’évidence. C’est le passage entre le lointain et le proche, l’étrange et le familier ; et c’est toujours la même émotion devant le mystère de ce qui est en train d’être.

A partir de l’atelier qu’elle esquisse et floute, comme si elle s’interrogeait sur sa propre naissance, la peinture de Vilalta fixe ce passage : sur le seuil du visible. Sur ce seuil où le peintre en montre  juste assez pour laisser mettre en question sa réalité.

On retrouve ici le paradoxe de l’art poétique de Verlaine qui voulait que « l’Indécis au Précis » se joigne. Car cet art paradoxal, loin de la prétentieuse éloquence et d’un vain réalisme, est aussi celui de Vilalta quand il peint l’imprécision, sans faiblesse ni approximation, d’un geste sûr et précis.

Jean Cocteau parle parfois des objets « devenus invisibles par la gomme de l’habitude » (la maison qu’on habite, le chien qu’on caresse) et que la poésie va soudain faire surgir, comme pour la première fois, et rendre bouleversants.

D’une autre manière, Paul Vilalta prend les objets qu’on ne voit plus à force de les voir (le pinceau dans son pot, le chiffon sur la table) et, pour en révéler l’existence, les rend à peine visibles. Ils sont donc là mais à une distance qui les soustrait à la perception ordinaire. Avec un effet de détachement qui, à la fois, laisse craindre qu’on ne puisse s’en approcher et rend d’autant plus désirable leur présence.

François CARRASSAN
1° Adjoint de la ville de Hyères
adjoint à la Culture